Attribuer aux autres l’origine de ses malheurs

Comprendre un mécanisme psychologique courant

Introduction

Il arrive que, face à la souffrance, tout ce qui ne va pas semble provenir de l’extérieur : les autres, le contexte, le système, le hasard. Ce mode d’explication n’est ni rare ni pathologique en soi. En psychologie, il renvoie à des mécanismes bien identifiés — souvent protecteurs — qui méritent d’être compris pour pouvoir évoluer.

1. De quoi parle-t-on exactement ?

Attribuer aux autres l’origine de ses difficultés peut être compris selon plusieurs cadres théoriques :

  • La projection (psychanalyse) : attribuer à autrui ce qui est difficile à reconnaître en soi.

  • L’attribution externe ou locus de contrôle externe (psychologie cognitive) : expliquer les événements négatifs par des causes extérieures.

  • L’externalisation de la responsabilité (clinique) : placer le problème hors du sujet pour réduire la charge émotionnelle.

Ces notions décrivent des réalités proches, observables en consultation.

2. Un mécanisme avant tout protecteur

Contrairement à une idée reçue, ce mécanisme n’est pas un refus de responsabilité par confort. Il apparaît souvent lorsque la personne :

  • s’est longtemps sentie impuissante

  • a été sur-responsabilisée ou culpabilisée

  • a vécu des situations où elle n’avait réellement pas de contrôle

Attribuer à l’extérieur permet alors de préserver l’estime de soi et d’éviter la honte ou l’effondrement.

3. Responsabilité n’est pas culpabilité

Un point central du travail thérapeutique consiste à distinguer :

  • Être responsable : avoir une marge d’action possible

  • Être coupable : être fautif, mauvais, défaillant

Lorsque ces deux notions sont confondues, toute reprise de responsabilité devient menaçante. L’externalisation agit alors comme une protection contre la culpabilité.

4. Quand le mécanisme devient limitant

S’il se rigidifie, ce mode d’attribution peut entraîner :

  • un sentiment de victimisation chronique

  • une perte du sentiment d’agentivité (se sentir acteur de sa vie)

  • une répétition des mêmes impasses relationnelles

Plus tout semble venir de l’extérieur, moins la personne peut percevoir ce qui dépend — même partiellement — d’elle.

5. Reconnaître le réel sans s’y enfermer

Il est essentiel de rappeler que certaines souffrances ont des causes objectivement externes : violences, injustices, contextes sociaux ou professionnels difficiles. Le travail psychologique ne consiste pas à nier ces réalités, mais à restaurer une marge de manœuvre psychique là où c’est possible.

Une question thérapeutique fréquente est alors : « Qu’est-ce qui dépend encore de vous aujourd’hui, même très peu ? »

6. Vers une attribution plus souple

L’objectif n’est pas de passer d’un extrême à l’autre, mais de développer une attribution plus nuancée :

  • reconnaître ce qui ne dépend pas de soi

  • identifier ce qui dépend partiellement de soi

  • se dégager de la culpabilité inutile

Cette souplesse est souvent associée à un mieux-être psychique durable.

Conclusion

Attribuer aux autres l’origine de ses malheurs est un mécanisme humain, fréquent et souvent nécessaire à certains moments de la vie. Comprendre sa fonction permet de l’aborder sans jugement et d’ouvrir, progressivement, un espace où la personne peut redevenir actrice de son histoire — à son rythme, et sans culpabilisation.

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